I happened to be Mrs. Jackson Pollock and that's a mouthful. I was a woman, Jewish, a widow, a damn good painter, thank you, and a little too independent.

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Même si Lee Krasner reste l’une des rares artistes femmes à avoir eu le "privilège" d’une rétrospective au MOMA, sa carrière s’est déroulée dans l’ombre de son mari, Jackson Pollock, l’une des figures emblématiques de la peinture d’après-guerre. Reléguée au simple rang d’épouse, Lee Krasner a pourtant réussi à s’imposer dans le monde de l’art, travaillant les bases de ce qu’allait devenir l’expressionnisme abstrait. On peut noter sa série de Petites Images datant de la fin des années 40 ou encore ses collages la décennie suivante, se faisant une place dans un style définitivement trusté par une vision masculine.

Ce n’est pourtant que dans les années 70 que le travail de Krasner est redécouvert, par l’intermédiaire d’historiennes de l’art. Elles ont ainsi remis en perspective ses capacités techniques, mais aussi son utilisation du mouvement dans un genre souvent bien trop rigide ainsi qu’un œil neuf parmi ces hommes à la stylistique peu aventureuse. Cependant, une grande partie de son travail a été détruit, Krasner étant réputée fortement critique vis-à-vis de ses propres œuvres (surtout dans les années 40, l'artiste étant régulièrement assaillie par les doutes), ne laissant à la postérité qu’un bien maigre catalogue.

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Krasner voulait être artiste depuis toujours. Adolescente, elle prend la décision de poursuivre des études d’art, d’abord à la Women’s Art School, puis à la National Academy of Design, où elle perfectionne son savoir artistique ainsi que la technique du dessin.

Elle s’intéresse par la suite à l’art moderne et prend des cours auprès de Hans Hoffman. Grâce à cet apprentissage, Krasner continue l’expérimentation, et produit un travail que l’on pourrait juger de neo cubiste, avec une pointe de fauvisme pour ses choix de couleurs.

La Grande Dépression l’oblige à prendre un travail au sein de la Works Progress Administration, au département culturel, en tant qu’assistante, afin de veiller à l’élaboration de fresques murales dans l’espace public, même si elle désapprouvait le choix de certains artistes.

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Durant la guerre, toutes les peintures commandées servent dès lors à la propagande et travaille à créer des collages qui seront placés aux fenêtres de près de dix-neuf départements situés à Brooklyn et à Manhattan.

Elle rejoint par la suite l’American Abstract Artists. Là-bas, elle y rencontre Willem de Kooning, Franz Kline, Mark Rothko ou encore Clyfford Still. C'est à cette période qu'elle réussit à intégrer le milieu.

Même si Krasner est relié au mouvement de l’expressionnisme abstrait, il est difficile de la cataloguer dans ce genre. Ses études d’art, mélange de classicisme et de modernité, ont donné à son travail un caractère complexe. Sa volonté de ne pas vouloir s’intégrer à un courant ou à une technique particulière la diffère des autres peintres de son époque, ayant pour la plupart adopté une propre identité dont ils ne dérogeront que très rarement.

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Krasner ne voyait pas l’intérêt d’une quelconque pensée iconographique autour de ses œuvres, considérant que son art était avant tout une résultante de sa personnalité et de ses émotions.

Chose difficile à faire comprendre dans le monde de la critique d’art, ayant à plusieurs reprises remis Lee Krasner au simple rôle d’épouse de Jackson Pollock (même lorsqu’en 1949, ils montèrent ensemble une exposition). Malgré la montée du féminisme dans les années 70, sa carrière se retrouve systématiquement liée à celle de son époux. Elle ira jusqu’à ne plus signer ses œuvres, ou avec de simples initiales, afin de ne pas remettre sur le tapis sa relation (ce qui peut expliquer la source d'angoisse de l'artiste dans sa capacité à produire).