THE BAD GIRLS BOOK CLUB

             B O O K S H E L F    E C R A N + N O I R     F I C T I O N    T R A C K S    S T Y L E    F U N + F A C T S    I C O N    M I S C             

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COCA CRYSTAL

“She was sexy, she was young, she was very smart — she was cool.” Lynda Crawford

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Il fut un temps où la télévision ressemblait à quelque chose. Où elle était gage de créativité et d'amusement. Où personne ne cherchait vraiment à plaire, juste à dire ce qu'il y avait à dire. Clair et sans détours.

Quand je suis tombée par hasard sur les vidéos de Coca Crystal sur Youtube, c'était un peu comme rencontrer la Vierge. Je ne comprenais pas vraiment ce que je regardais mais c'est comme si j'avais attendu cette émission toute ma vie : dans quel monde on pouvait s'attendre à voir des débats politiques accompagnés de séances de fumette ? Passer de pensées anarchistes à l'avis culinaire de Debbie Harry ? Je suis toujours partante pour ce genre de conneries mais clairement, Coca Crystal, a, ce jour, comblé un manque dans ma morne existence.

If I Can't Dance You Can Keep Your Revolution, c'était quelque chose d'impensable, un coup de pied au cul à la culture dominante des années 60. Une femme au milieu d'un monde d'hommes, la nuit, à l'arrache, qui déblatérait sur tout et n'importe quoi, tout en prenant soin de montrer, une autre Amérique : celle des laissés pour comptes, dont tout le monde se foutait. Aucune répétition, aucun script, chacun y allait un peu au talent, selon les disponibilités. Il s'agissait de laisser libre court au risque et à l'ennui. Parfois, l'invité était drôle, le propos brillant et puis soudain, ça pouvait juste partir en couilles, ne ressembler à rien, si ce n'est à des conversations embrumées de fins de soirées après avoir trop picolé.

Près de vingt ans à squatter l'antenne pendant une heure, à recevoir sur ce qui servait de plateau des grands noms du rock en passant par le trouduc du coin. Rien ne la prédestinait à ce destin.

Née Jacqueline Diamond, Coca Crystal grandit dans une riche famille de Manhattan, entre un père vendeur de fourrure et une mère ancienne mannequin. Clairement pas à sa place, Coca s'emmerde dans les écoles privées hors de prix que ses parents lui imposent et c'est tout naturellement qu'elle fera un passage éclair à la fac: le temps nécessaire à parfaire son éducation comprenant les joies du LSD et les tours à la case prison pour possession de marijuana.

Grande gueule, Jacqueline Diamond roule sa bosse avant de se vendre pour 35 billets chaque semaine à la rédaction du East Village Other, où elle fait office de couteau suisse. Là-bas, elle y signe sous le nom de Coca Crystal ses premiers articles plus ou moins sérieux, nourris par son activisme politique et sa passion pour le chaos. Dans l'un deux, elle racontera notamment comment elle a fait fuir un cambrioleur en jouant de la guitare.

«Elle était plus mignonne que glamour ou branchée, elle n’a pas influencé la mode mais elle vivait sa féminité comme une performance artistique, à la Debbie Harry. Elle attirait les gens», disait Joan Hawkins.

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Coca Crystal meurt en 2016, en laissant derrière elle un héritage foutrac, incarné par les principaux protagonnistes du Saturday Night Live, sans que nous le sachions vraiment. Elle aurait voulu écrire sa bio, puis voir Drew Barrymore la porter à l'écran. Est-ce que Coca Crystal voyait vraiment la télé comme un art ? Est-ce qu'elle se considérait vraiment comme une figure influente de la contreculture ? Ou voulait-elle juste être connue ? Elle disait souvent que l'émission, c'était « la célébrité pour pas cher ». Il suffit parfois de peu.

Son livre aurait pu pourtant valoir le détour. Outre une courte carrière d'activiste contribuant à balancer des tartes aux pommes à la gueule des conservateurs qu'elle ne pouvait pas blairer, Coca Crystal a également endossé le rôle de mère un peu malgré elle: alors que sa sœur se retrouve en taule au Maroc, son neveu, Gus, un gamin autiste, se retrouve menacé d'être placé dans un orphelinat si elle ne le récupère pas. A 27 ans, la vie de Jacqueline change, s'accompagnant d'un nouveau rôle qu'elle n'avait pas vraiment prévu. L'émission, qui la paie peu, l'oblige à accepter un poste à mi-temps à l'association Manhattan Neighborhood Network, qui gère les chaînes de Public Access TV, où se tourne sa tambouille. Comme une ombre, son gosse la suit partout et se retrouve même au générique en tant que producteur exécutif. Au Local East Village, elle dira de sa vie «non conventionnelle»: «J’ai des horaires de sommeil bizarres, j’ai un enfant chelou, mon chien boîte, mon chat est amoureux du chien, tout est un peu hors des sentiers battus par ici.».

Et pourtant, c'est comme ça qu'on crée les légendes.

WRITTEN BY STENIA B. - 01:40 AM

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PENELOPE SPHEERIS

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Toutes les héroines punk finissent un jour par raccrocher les couteaux. Pour Penelope Spheeris, ça se traduit par un joli petit intérieur minimaliste. On aurait jamais pensé ça, elle qui ne pouvait pas blairer tout ce calme. Au final, le punk, c'est cette réaction quasi épidermique à un je t'aime qu'on fera tout pour transformer en haine. A presque 70 balais, celle qui a conduit d'une main de fer le docu en trois actes intitulé The Decline of Western Civilization, n'a rien perdu de sa crache, malgré les clébards modèle réduit qui courent dans le salon.

Réalisatrice du célèbre Wayne's World, je préfère citer Spheeris en tant que scénariste. Pour Suburbia d'abord, qui raconte la rencontre d'un môme de quinze piges qui s'ennuie profond avec une bande de punkos squatteurs, et puis The Little Rascals, avec son célèbre club, le He-Man Womun Haters.

Mais passionnée par les outsiders des années 80, Spheeris est surtout une voix importante de la musique underground de Los Angeles. Cette espèce de société secrète qui se retrouvait au Masque ou un tout autre endroit où seule l'élite allait du moment qu'elle avait le bon mot de passe (porno rocks, pour les intimes). Sous son oeil, nous avons pu voir évoluer toute une génération de groupes comme X, The Germs, the Circle ou encore Black Flag mais aussi découvrir le quotidien des punks sdf, pris entre drogues, problèmes psy et taule, loin de la gloriole des scènes musicales.

WRITTEN BY STENIA B. - 06:50 PM -

TANYA PEARSON

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Ecrire sur les femmes dans les 90 est une entreprise complexe et j'en sais quelque chose. Elles ont beau être là, les ressources manquent. Souvent cantonnées à une narration toute masculine dans des magazines mainstream, il est difficile d'en tirer des documents objectifs retraçant des carrière souvent mésestimées, voire oubliées.

Alors, quand Tanya Pearson souhaite écrire un essai sur la représentation des musiciennes dans les médias rock, elle comprend très vite qu'il va falloir mettre les mains dans le cambouis: c'est ainsi que naît son Women of Rock Oral History Project, une base de données qui a pour but de remettre en lumière le travail et l'héritage d'artistes cassées par les tous puissants rock critic actuels et passés. Une manière de recoller les morceaux d'histoire jamais racontées, de remplir le vide d'interviews jamais menées, mais aussi d'apporter un autre son de cloche dans une histoire écrite par et pour des hommes, où les femmes trouvent difficilement leur place.

Plusieurs interviews sont déjà publiées en ligne. On y retrouve Lydia Lunch, Alice Bag, Brie Darling du groupe 70s Fanny, mais aussi Gail Ann Dorsey, bassiste de David Bowie.

Ce projet, qui date de 2014, va donner naissance à un ouvrage, prévu pour 2021.

WRITTEN BY STENIA B. - 06:48 PM -

PROFESSION: ROCK CRITIC

J’ai toujours eu du mal à adhérer aux grosses gueules du rock triomphant des 70s. Pour pas mourir conne, j’ai quand même bouffé mes classiques, lu Lester BangsNick Kent et toute la smala. Parfois j’ai ri, parfois je me suis profondément fait chier, parfois je me suis brutalement énervée. C’était l’histoire d’une injustice qui n’avait pas encore de mots dans ma tête, juste un sentiment dégueulasse qu’on allait me la faire à l’envers.

J’ai tout de suite compris que j’allais pouvoir m’asseoir sur la rébellion tant promise. Même là-bas, faut pas dépasser du cadre. 

Je n’ai lu les travaux de rock critic femmes, comme Ellen Willis, que sur le tard. Première journaliste musique majeure du New Yorker dans les années 60, elle ne s’est pourtant vu offrir une publication regroupant tous ses articles, dans l’ouvrage intitulé Out of The Vynil Deeps qu'en 2011, cinq ans après sa mort. Une autre de ses contemporaines, Lillian Roxon, connue pour être dans le giron de Warhol, sort quant à elle son Rock Encylopedia, une première du genre. C’est un tel succès que le livre passe à l’impression à trois reprises sur la simple période des premiers six mois de sa sortie. Pourtant, cet ouvrage est aujourd’hui dans les limbes de l’édition depuis la mort de son autrice, en 73.

Il faudra attendre 2015 pour qu’une autre rock critic compile son travail à la manière de ses aînées, The First Collection of Criticism by a Living Female Rock Critic, par Jessica Hopper (connue pour ses écrits dans Pitchfork et Spin). Le titre, légèrement foutage de gueule, se veut une provocation frontale sur le désert des rock critics femmes dans le paysage actuel. Il faut dire qu’une fois passée les figures du genre, WillisRoxon ou encore Caroline Coon (très investie dans la scène punk londonienne des années 70), le manège arrête sa tournée avec une certaine rapidité. L’anthologie la plus récente et la plus complète sur un sujet autour de l'histoire du rock (et cette fois-ci, féminin), Rock she wrote, par Evelyn McDonnell et Ann Powers, date de 1995. 

On pourrait s’interroger sur ce manque pendant des heures. Pourquoi la gloriole colle aux tripes des hommes mais pas à celles des femmes? Cette espèce de starification de la bite, basée sur celui qui s’enfilera le plus de coke dans les narines. Live fast, die young. Espèce de credo premier prix pour un masculinisme blanc dégoulinant de clichés. 

Kathy Miller, la protégée de Roxon, se rappelle d’un échange surréaliste avec un rédac chef réclamant une fellation pour publier son article sur les Who. C’était dans l’ordre des choses: une femme n’est qu’une groupie qui se doit d’être à disposition des envies des hommes et certainement pas là pour construire une histoire où elle se doit de rester en marge. 

Une vision assez éloignée de la libération prônée par le rock, désespérément conservatrice quand il s’agissait des femmes. 

Pourtant, croire que ce petit monde se sclérose aujourd’hui autour de quelques noms est une erreur. L’histoire de la critique rock au féminin est une réalité qui évolue et s’organise autour de questions autrefois réduites à néant, intégrant les notions de féminisme, de race et de genre. Pour l’exemple, l’essai de Mimi Thi NguyenRiot Grrrl, Race, and Revival va dans ce sens et apporte un éclairage nouveau sur l’histoire du rock  et des musiciennes plus particulièrement par ce biais. 

Notre panthéon est rempli de Christgau ou encore de Klosterman. Peut-être qu’il est temps d’y rajouter maintenant d’autres noms qui ont aussi contribué à la construction de l’histoire du rock. Parce qu’elles sont là, et qu’elles aussi ont apporté leur pierre à l’édifice. 

Kandia Crazy Horse, c’est l’âme du southern rock. Plume régulière du Village Voice, elle a également écrit l’ouvrage Rip It Up: The Black Experience in Rock and Roll, qui remet en perspective l’héritage des musiciens noirs dans le rock.

Holly George-Warren, qui, dès la fin des années 70, a écumé les scènes underground d’East Village avant de devenir membre du groupe punk Das Furlines. Elle écrit pour des fanzines, avant d’être nommée éditrice de Rolling Stone Press où elle sortira The Rolling Stone Book of women in Rock: Troubl Girls, en 97. 

On peut aussi citer Vivien Goldman, aka the punk professor, connue pour avoir posé les premiers mots sur les mouvement punk et raggae dans les pages du NME et du Melody Maker. Spécialiste de Bob Marley (elle a été son attachée de presse chez Island Records), elle a également écrit une émouvante tribute pour Poly Styrene publié dans Village Voice qui reste encore aujourd’hui sans doute l’un de ses meilleurs papiers.

Du côté des sixties, il est important de citer Lisa Robinson, qui a fait ses premières armes au sein de Creem, du NME et du New York Post où sa collection d’interviews des plus grandes rock stars de l’époque est longue comme un jour sans pain. Elle est aussi l’une des rares personnes à avoir interviewé Freddy Mercury à la télévision, en 1984 et se payait le luxe d’accompagner les Rolling Stones en tournée dans les années 70. 

Sara Marcus, quant à elle, est la voix ultime du riot grrl 90s avec son ouvrage culte: Girls to the Front: The True Story of the Riot Grrrl Revolution, à posséder dans sa bibliothèque. 

A.C. Rhodes, qui a lancé en 2007 rockcritics.com, une ressource inestimable pour toute scribouilleuse en devenir.

Sylvie Simmons, vieille garde du magazine Mojo et bible incontestée des 70s. L’une des rares à son époque à avoir réussi à intégrer le cercle très fermé des rock critic sur lesquels on devait compter. A lire, sa bio sur Serge Gainsbourg, Pour une poignée de gitanes.

Jaan Uhelszki, co fondatrice du magazine Creem, et qu’on a pu retrouver régulièrement à partir des années 80 dans l’émission sur VH1 Behind the Music. On peut la retrouver dans plusieurs publications telles que RelixRolling Stone ou Uncut.

Deena Weinstein est un peu la prof de fac dont on a toujours rêvé: docteure en sociologie le jour (où on étudie pêle-mêle en classe FoucaultHarry Potter et l’art de la gniole), elle se transforme en spécialiste de heavy metal une fois le soir tombé. A lire, son Heavy Metal: The Music and its Culture.

WRITTEN BY STENIA B. - 06:39 PM -
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VALI MYERS

The center of life is female - we all come from our mothers. I've always drawn women or female spirits. I feel deeply about this - who gives a damn about some guy on a cross? 

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Vali Myers est la tante que j'aurais rêvé d'avoir. Extravagante, exhubérante. Celle avec qui on se fout une murge dans le bar du coin? ou encore chier sur des expos convenues, la désespérance dans le regard mais le rire toujours prêt à dégainer aux coins des lèvres.

Myers a tout vu, tout vécu. Bohemian chic, danseuse de night club, hobo sur les trottoirs de Saint Germain de Prés, mais surtout dessinatrice. Errant entre Melbourne, l'hôtel Chelsea, l'Italie et la France, aux côtés de Genet, de Dali et de Cocteau, Myers a pris la flamboyance comme crédo. On ne vit qu'une fois, dira-t-on, et il est difficile de dire que cette artiste n'a pas suivi ce conseil à la lettre, jusqu'à sa mort, en 2003.

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WRITTEN BY STENIA B. - 08:09 PM -
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LE BON MOT DE JESSICA HOPPER

Us girls deserve more than one song. We deserve more than one pledge of solidarity. We deserve better songs than any boy will ever write about us.

WRITTEN BY STENIA B. - 09:19 AM -
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SHONEN KNIFE

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Est-ce que le punk 80s aurait pu être le punk 80s sans les Shonen Knife? Bizarrement, je n'ai jamais été une grande admiratrice des Ramones, grosse source inspi du groupe, mais dès que j'entends un titre des Shonen Knife, j'ai juste envie de sécher les cours et d'aller zoner au drugstore du coin.

Il y a cette espèce de naiveté toute enfantine qu'après le chaos, la lumière renait. C'est pour ça que j'aime beaucoup le pop punk, parfois et surtout celui de Shonen Knife. Cobain devenait hystéro en les entendant (d'après ses propres mots au Melody Maker, ce groupe le transformait en une groupie de dix neuf balais à un concert des Beatles) tandis que John Peel passe régulièrement leurs titres sur la station de la BBC. L'aventure us de ces japonaises commence en effet dès le début des années 80, quand le label d'Olympia, K Records, découvre leur cassette Burning Farm. Finalement, c'est en 86 sur Sub Pop qu'elles publient leur premier disque sur le sol américain, Pretty Little Bake Guy, devenant par la même occasion une influence pour les groupes de la scène alternaive de l'époque.

Les Shonen Knife avaient ce côté touche à tout, passant de la pop au hardcore avec une facilité déconcertante, parlant principalement de bouffe, d'animaux, de balade à vélo et de soleil.

WRITTEN BY STENIA B. - 03:03 PM -
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DONNA SANTISI

Donna Santisi en a usé de ses godasses sur les sols du Whisky a Go Go. Armée de son appareil photo, elle a immortalisé les scènes punk de L.A et de New York pour en compiler les meilleurs clichés dans son ouvrage Ask The Angels. Grande fan de rock, elle n'a jamais cru en son talent de photographe.

Même si elle a pu approcher les plus grosses figures des 70s, et même parfois devenir amie avec certaines d'entre elles, Santisi n'a jamais eu la fame ou le fric pour objectif. Comptable le jour, rock and roll animal la nuit, Santini s'est vue offrir pr l'UCLA la possibilité d'archiver près de dix mille de ses photos. Une reconnaissance qu'elle n'imaginait pas.







WRITTEN BY STENIA B. - 01:54 PM -