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Pour moi, laisser dans l'ombre le travail de Zofia Rydet relevait d’une incompréhension profonde. Peut-être était-ce mes origines polonaises qui parlaient, allez savoir. Pourtant, la dame a de quoi susciter les regards. D’elle, on disait qu’elle était accro à la photo comme une alcoolique à la vodka. J'aime les gens passionnés. Le projet de sa vie, Répertoire sociologique, commencé à l’âge de 67 ans, confirme ce besoin viscéral d'observer, de comprendre, mais surtout d’enfermer le temps, afin de vaincre la mort, selon ses propres dires. Un besoin viscéral l'ayant mené à couvrir près de 20 000 photographies, réalisées dans une centaine de villes polonaises. Plus qu’un exploit, un témoignage d’un pays et d’une population souvent méconnue, englué dans les clichés d'ailleurs.

Malgré le très grand nombre d’expositions consacrées à son travail, Zofia Rydet a toujours occupé une place particulière dans le milieu de la photographie polonaise, dominés à l’époque par ses confrères masculins et leur inclination artistique conceptuelle.

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Née en 1911 à Stanislawow (située aujourd’hui en Ukraine) et morte en 1997 à Gliwice, la photographe jouit aujourd’hui d’une reconnaissance qui manquait.

Ce projet, entamé dans l’urgence en 1978, signe les extérieurs polonais des régions de Podhale, de Haute Silésie et de la ville de Suwalki mais a aussi été étendu à d’autres pays tels que la France, les Etats-Unis, l’Allemagne, la Tchécoslovaquie et la Lituanie.

Pour approcher cceux qui deviendront ses modèles, Zofia Rydet procédait toujours de la même manière : elle frappait aux portes puis parlait avec les habitants pour les mettre en confiance. Un lien se mettait alors en place, nourri par un intérêt profond pour leur façon de vivre. Saisis tels quels, refusant qu’ils se changent ou s’apprêtent, Rydet souhaitait que ces êtres se livrent sans artifice, comme ils étaient, dans leur propre quotidien, leur propre époque : «Le but était de dépeindre de façon fidèle les gens dans leur cadre quotidien, au milieu de l’univers qu’ils se créent, univers qui, plus qu’un simple décor de leur environnement immédiat […], dévoile également leur psyché», expliquait la photographe.

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Mais pour comprendre le travail de Rydet, il faut se replonger dans l’histoire, celle de la Pologne communiste, de Karol Wojtyla, futur Jean-Paul II, et de la montée de l’opposition à la République populaire de Pologne, puis de son état de guerre. Un pays en profonde mutation, écartelé entre vieilles traditions et montée de l’impérialisme américain. Un nouveau monde qui se dessine, où les adolescents polonais retapissent leurs murs avec posters de Madonna et de Michael Jackson, cohabitant avec le poids des traditions et du religieux, fortement ancrés dans ce pays aux facettes multiples. « Mon postulat de base était le suivant : ce qui est le plus important, ce sont les objets et les intérieurs des habitations. Les gens ne sont qu’un aspect de qui définit un intérieur : ils doivent être statiques, comme s’ils étaient eux-mêmes des objets, et par conséquent poser face à l’objectif en regardant en direction de l’appareil photo. »

Portrait d’une époque, Rydet pose ces histoires grave dans le marbre ce basculement vers l'arrivée de ces temps nouveaux, dans le milieu rural. Un monde voué à disparaître, immortalisé pour l'éternité.