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Pour certains, Judith Malina est l’inoubliable grandma Addams ou encore l'hystéro qui sert de mère à Al Pacino dans Dog day Afternoon. Mais pour d’autres, l’actrice ne se résume pas qu’à de simples seconds rôles distillés de-ci de-là au cinéma et à la télévision. Née en 1926 à Kiel, en Allemagne, entre Marilyn Monroe (1er juin) et Allen Ginberg (3 juin), comme elle se plaisait à dire, Judith Malina est une écrivaine et metteuse en scène américaine d’inspiration anarchiste, et fondatrice du Living Theatre.

Fille d’un rabbin allemand venu s’installer avec toute sa famille à New York en 1928, la petite Malina s'intéresse dès son plus jeune âge à la comédie. C’est tout naturellement qu’elle s’inscrit en 1945 à la New School for Social Research, où elle suit, aux côtés d’acteurs tels que Harry Belafonte et Tony Curtis, les cours de théâtre d’Erwin Piscator, connu pour son fort militantisme en faveur de l’idéal communiste. Prêchant pour une théâtralité mêlant com et agit-prop, Erwin Prescor influence fortement sa jeune élève, bien qu’elle n’ira jamais aussi loin que son maître à penser (Malina prônera tout au long de sa vie la non-violence). Mais de ses enseignements, Judith Malina garde la forte conviction que l’esthétique théâtrale ne peut se passer du message politique, si elle souhaite changer les esprits.

A 17 ans, Judith Malina fait la connaissance de celui qui deviendra à la fois son mari et son collaborateur, Julian Beck. Souhaitant d’abord se diriger vers une carrière de peintre, Julian Beck devient un adepte du théâtre politique, sous l’impulsion de son épouse. C'est ainsi qu'ils créent en 1947 le Living Theatre, une compagnie de théâtre libertaire et subversive, qu’ils dirigent ensemble jusqu’au décès de Beck, en 1985.

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Avant-gardiste, le couple se tourne dès les premiers instants vers les thématiques du langage et de la poésie dans leur écriture, avant d’attaquer une nouvelle forme de théâtralité proche d'un format documentaire réalisé en direct. Parmi ses œuvres, on se souvient de The Connection, où un groupe de drogués attend son dealer, ou encore The Brig, qui suit une journée type dans une prison de marines américains sur une île du Pacifique. Moyennement appréciés dès leurs débuts, cette dernière pièce est le coup de trop pour l’establishment américain qui ne tarde pas à déclarer une guerre ouverte. L’administration des impôts devient alors leur pire cauchemar, n'hésitant pas à pousser afin que le gouvernement s'empare de une bonne fois pour toute de leur théâtre.

Commencent alors pour le couple cinq années d’exil, durant lesquelles le Living Theatre sillonne les routes de l’Europe, afin d’y présenter des créations de leur cru, toujours plus radicales, dont le fameux point culminant, crée spécialement pour le Festival d’Avignon : Paradise Now (qu’ils retourneront présenter aux Etats-Unis en 1968). Cette pièce décrit une société sans argent, sans passeport, libre d’exprimer ses moindres désirs, qui ne sera visiblement pas du goût de tout le monde : face de violentes critiques, Paradise Now est interdit dès le lendemain de la première.

Même si la compagnie subsiste difficilement, le soutien des élites intellectuelles permettent au Living Theatre de présenter quasiment chaque année une nouvelle pièce, comme Mysteries and Smaller Pieces en1964, Frankenstein en 1965 et Antigone en 1967.

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Mais l'année 69 signe la fin du Living Theatre. Malina et Beck continuent leurs travaux et dès 71, se lancent dans une tournée de « théâtre de rue » au Brésil, alors en proie à la dictature. Mais le voyage ne se déroule pas comme prévu et ils ne tardent pas à se retrouver emprisonnés pendant plusieurs mois. Leur libération ne s’effectuera que sous la pression internationale : les Rolling Stones, Pasolini, Sartre, Piccoli, Greco, tous s’unissent pour réclamer leur libération.

A leur retour, le Living Theatre renait de ses cendres, mais l’année 1985 marque la mort de Julian Beck, suite à un cancer à l’estomac. Il est alors remplacé par Hanon Reznikov, un membre de la compagnie et amant de Judith Malina, qu’elle épouse en 1988.

En plus de ses activités théâtrales, Judith Malina tourne occasionnellement quelques seconds rôles (notamment dans un épisode des Sopranos). Il lui arrive également de n’être qu’actrice lors de représentations théâtrales, comme en 2006, où elle interprète le rôle de la Princesse dans la pièce Opérette, de Witold Gombrowicz, mise en scène par Zishan Ugurlu, ou encore Devachan and the Monalds, où cette fois-ci, Malina s’exerce à l’art de l’improvisation.

En 2012, le réalisateur et scénariste Azad Jafarian lui consacre un documentaire présenté au Festival du film de Tribeca, Love and Politics.

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Fortement diminuée, Judith Malina, véritable force de la nature, continue pourtant d’écrire des pièces de théâtre et met en scène un an avant son décès No Place to Hide à New York.

En 2015, Judith Malina rend son dernier soupir, à l’âge de 88 ans, à Englewood, dans le New Jersey.