C’était une sacrée pointure.
Clint Eastwood

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Dans l’histoire du cinéma, l’héritage d’Ida Lupino s’est malheureusement fait plus que discret auprès du grand public. Une carrière atypique, balancée entre la comédie et la réalisation, dans une période où la femme se doit d’être plus starlette que génie du 7eme art. Un problème de taille, qui explique en grande partie la raison pour laquelle son travail de réalisatrice s’est vu éclipser par celui de l’actrice, gommant injustement au passage sa position de pionnière du cinéma indépendant.

Il ne suffit pourtant pas d’avoir un caractère bien trempé, encore faut-il avoir la vocation. D’abord actrice de théâtre, Ida fait ses débuts américains dans les années 30, sous l’impulsion d’Allan Dwan. Mais la môme Lupino s’ennuie ferme sur les plateaux de tournage et ne rêve que de scénarios et d’engueulades avec l’équipe technique. Le rôle de la plante verte, très peu pour elle, car elle comprend assez rapidement que les choses ne se jouent pas là. Ce qu’elle veut, c’est réaliser. Et s’il y a une chose qu’il faut retenir de cette anglaise volcanique : ce que Ida Lupino veut, Ida Lupino l’obtient.

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Que ses débuts timides semblent loin, lorsqu’elle refuse avec véhémence de tourner dans un film de la Warner avec qui elle était pourtant sous contrat. Mais Ida Lupino est ainsi. Traits glacés aux courbes voluptueuses, elle s’invente son propre personnage, loin des stéréotypes de l’époque, déchirés entre les Marilyn Monroe et autres Greta Garbo. La tête et les jambes, Lupino est un tout, difficilement accessible, mais pourtant fascinant. A son sujet, Martin Scorsese dira : « De l’extérieur, elle était dure, fermée, belle avec des allures de garçon, mais ses yeux sombres étaient des fenêtres ouvertes sur une passion brûlante ». Refusant les compromis dans cette Hollywood souvent impitoyable, Ida Lupino a su gravir les échelons, mais pas sans difficultés...

Avec son mari, le producteur et scénariste Collier Young, Ida fonde une société de production indépendante, The Filmmakers. Son domaine de prédilection ? Les films à petit budget abordant des thèmes de société à l’odeur scandaleuse. On peut citer en exemple Outrage, un film 50s qui traite un sujet inhabituel pour l’époque : le viol. A fleur de peau, ses films sont marqués sous le signe de l'errence. Une vulnérabilité exacerbée qui ne tombe jamais dans le pathos.

Dans une époque où la gent féminine est aux abonnées absentes de la réalisation, Lupino ouvre la voie en frappant fort, comme l’a fait remarquer la journaliste Carrie Rickey : « Non seulement Lupino prend en main la production, la réalisation et le scénario, mais chacun de ses films aborde frontalement la sexualité, l'indépendance, la dépendance ».

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La « Bette Davis du pauvre », comme elle aimait se présenter, devient pourtant la première réalisatrice de film noir, un genre hautement trusté par les hommes. Avec le voyage de la peur, Lupino se positionne comme une réalisatrice dérangeante qui renverse les codes du genre. Pour l'écrivain Richard Koszarski : « ses films affichent les obsessions et la cohérence d'un véritable auteur... Lupino montre des mâles dangereux et irrationnels, semblables en cela aux femmes telles qu'elles sont représentées dans la plupart des films noirs d'Hollywood dirigés par des hommes ».

Après ses longs métrages pour le cinéma et les succès se faisant rares, elle réalise de nombreux épisodes de série télévisée notamment pour Alfred Hitchcock présente, Ma sorcière bien-aimée, La Quatrième Dimension, Le Fugitif, Les Incorruptibles.

Ida Lupino meurt des conséquences d'un cancer le 3 août 1995 à Los Angeles. Elle est enterrée au Forest Lawn Memorial Park en Californie, à côté de la tombe de Errol Flynn.