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Cinéaste allemande à l’esthétique singulière, Ulrike Ottinger est considérée comme la reine de l’underground berlinois. Depuis les années 70, elle réalise ses propres films, qui rappellent à certains égards la pensée de Cocteau ou encore celle d’Antonin Artaud. Des projets qu’elle mène tambour battant, de l’idée première jusqu’à la production finale, témoignant d’une totale maîtrise de son art. Dans un style à la forte inspiration surréaliste, Ottinger donne naissance à une œuvre où la peinture et la photographie tiennent une forte place, en y intégrant ses références littéraires appartenant à la fois au monde occidental et oriental. A celà s'ajoute une déconstruction de la narration où l'histoire devient fragment, et n'est plus que porté par le grostesque des costumes et des couleurs criardes qui s'étalent à l'écran.

Née à Constance en Allemagne durant l'année 1942, Ulrike Ottinger ouvre son propre studio très jeune. De 1962 à 1968, elle vit et travaille à Paris, où elle expose entre autres au Salon de la Jeune peinture. En parallèle, elle suit des cours à la Sorbonne, en histoire de l'art et en histoire des religions. Elle a pour professeur Claude Lévi-Strauss, Louis Althusser et Pierre Bourdieu.

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Mais la cinéaste est surtout une enfant des mouvements révolutionnaires des années 60. A plusieurs reprises, Ottinger distille ses réflexions sur la condition féminine, suggérant des alternatives aux discours qu’elle juge souvent trop dogmatiques. Ainsi, dans Madame X : Une souveraine absolue, Ottinger s’emploie à présenter un film de pirates dans lequel tous les rôles sont tenus par des femmes. Film clé du cinéma lesbien (elle y fait l’éloge de l’homo-érotisme), Ottinger refuse pourtant de se prendre au sérieux et n’hésite pas à jouer avec les clichés. S’en suit Aller jamais retour : portrait d’une buveuse, où cette fois-ci, la réalisatrice s'amuse de la rencontre de deux femmes de milieux sociaux antagonistes, qui se retrouvent autour de leur passion commune, l’alcool. Freak Orlando, inspiré de l’androgyne légendaire de Virginia Woolf, est quant à lui un véritable manifeste du cinéma queer. Le personnage d’Ottinger traverse plusieurs métamorphoses, où il change sans cesse de sexe et d’apparence. Il laisse ainsi apparaitre l’identité féminine comme une vaste tromperie. Au casting, nous pouvons noter la présence de Delphine Seyrig.

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A mi-chemin entre fiction et documentaire, Ottinger mélange les mythes aux grands événements de l’histoire. Elle s’intéresse par ailleurs à l’ethnologie : de la Taiga à la Corée du sud, elle dresse le portrait d’un monde où multiculturalité devient poésie. Par exemple, son Johanna d’Arc of Mongolia pose la rencontre de quatre femmes, dans un wagon-restaurant du transsibérien : une institutrice allemande, une star de Broadway des plus légères, une classieuse ethnologue britannique et une jeune femme voyageant avec pour seul bagage un sac à dos. Enlevée par une princesse mongole et sa bande d’amazones, le film se penche alors sur les relations qui vont se nouer suite à cet événement, sur fond de confrontation culturelle.

Les films d'Ottinger ont reçu de nombreuses récompenses et ont été présentés dans des festivals de prestige. Son travail a également été au coeur de rétrospectives organisées par la Cinémathèque Française et le MOMA, entre autres.