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Tanaka Kinuyo est la première actrice japonaise à atteindre le statut si envié de star. Alors que les années 30 marquent l’apogée du cinéma nippon avec une production supérieure à celle d’Hollywood, Tanaka Kinuyo a su se faire une place de choix dans une industrie principalement masculine. Jusque dans les années 50, la jeune femme enchaine les rôles, et ne tarde pas à atteindre une renommée internationale, grâce à ses participations dans les films de Mizoguchi Kenji.

Pourtant, Tanaka Kinuyo n’est pas connue que pour être l’égérie japonaise par excellence. En effet, elle peut également se targuer d’être devenue la seconde femme au Japon à devenir réalisatrice. A son actif, elle ne compte pas moins de six films, mais son travail reste encore aujourd’hui peu connu. Principalement axé sur les vies des femmes japonaises, Tanaka Kinuyo a connu très tôt des critiques pour ses approches jugées trop en avance sur son temps ou ne correspondant pas aux canons de l’époque. Par exemple, ce voyage en 1949 à Hollywood, qui, d’après ses détracteurs, l'aurait transformé en parfaite américaine. En ce sens, Tanaka représente une certaine forme de modernisme qu'elle a su allier à l’image de la femme traditionnelle japonaise : à la fois girl next door et proto-féministe.

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Chez Kinuyo, le regard est au centre de ses films : il questionne la manière dont les spectateurs (et plus précisément les femmes) perçoivent ses personnages féminins sur écran. Des figures féminines novatrices, qui, pour la première fois, et sous la direction d’une femme, se sexualise, que ce soit à travers le thème du cancer du sein, dans the Eternal Breasts, ou celui de la prostitution, pour Girls of the Dark (même si la réalisatrice n’ira pas jusqu’à porter à l’écran l’histoire d’amour homosexuelle qui se passe entre deux femmes, comme il en est le cas dans le roman dont le film est tiré).

Cette même période a pourtant vu éclore la première réalisatrice japonaise, mais cette dernière n’a pas réussi à s’imposer comme Tanaka Kinuyo a pu le faire. Ayant fait ses premiers pas comme scripte pour Kenji Mizoguchi, Tazuko Sakane est devenu sous son patronage la première et seule réalisatrice japonaise durant la période d’avant-guerre. Cependant, n’ayant pas de diplôme l’accréditant du métier de réalisatrice, Sakane dut retourner à ses occupations de scripte. De plus, son premier et unique film, New Clothing, ne rencontrera pas le succès escomptée. Elle réalise pourtant près de dix documentaires sur la guerre sino japonaise après cet épisode malheureux, mais un seul nous est parvenu à ce jour. Par ailleurs, son film sorti en 1936 est aujourd’hui introuvable.

Mais ce qui est intéressant chez Tazuko Sakane est de loin sa personnalité. A 20 ans, elle doit subir un mariage arrangé avec un docteur qui se solde très vite par un divorce. Sans doute refroidie par cette expérience, Sakane fait le choix de travailler plutôt que de se remarier. Elle se coupe les cheveux et porte des vêtements masculins, afin de coller au mieux au monde du cinéma, à l’époque très hostile à la présence féminine. Cependant, alors que ses pantalons qu’elle avait fait sur mesure étaient avant tout un gage de confort dans un travail qui l’obligeait à courir sans cesse, les médias ont interprété son style comme non conformiste, interrogeant sans cesse sa féminité et ses choix de vie, sans s'attarder sur son travail.