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Artiste conceptuelle allemande, Hanne Darboven a légué à la postérité une œuvre conséquente, à la limite du vertigineux. Son travail, systématique et rigoureux, s’inscrit dans sa volonté presque frénétique de maîtriser le temps.  Invitée à de prestigieux événements, tels que les Documenta 5 (1972), 6 (1977), 7 (1982) et 11 (2002) , ou encore à la Biennale de Sao Paulo de 73 et celle de Venise en 1982, elle a aussi été au centre de nombreuses expositions réalisées à la Fondation Ydessa Hendeles, à Toronto, en 1991, à la Staatgalerie de Stuttgart en 1997, à la DIA Art Foundation de New York en 1996-97 et au Musée d’Art Moderne de Francfort en 1999. Elle avait aussi exposé en 1984 dans la manifestation allemande de Kasper Koenig intitulée Von hier aus à Düsseldorf, puis au musée d'art moderne de la Ville de Paris, avec son Histoire de la culture 1980-1983, 24 chants, en 1986. Elle a également été visible dans l'accrochage de Philippe-Alain Michaud, le Mouvement des Images, à Beaubourg.

Après avoir étudié brièvement le piano, Hanne suit des cours aux Beaux-Arts de Hambourg de 1962 à 1965, avant de déménager à New York. Loup solitaire par nature, elle se tient, dans un premier temps, isolée de l’avant-garde de l’époque, avant de faire la rencontre de Sol Lewitt, Carl Andre ou Joseph Kosuth. C’est à cette période qu’elle commence à travailler sur papier millimétré, inscrivant quotidiennement des annotations, dates et chiffres liées au calendrier. Elle affirme "ne plus rien savoir des jours, du temps; se contenter de prendre l'index mathématique de chaque jour, cette grande invention, cette fiction. Rien écrire, rien à dire; quelque chose à faire, contemple, agir". 

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Par la suite, ces Schreibzeit (temps d’écritures) sont présentés par séries. Les installations, composées de feuilles, de partitions et de tableaux, une fois  encadrés et alignés, donnent la sensation d’une immensité difficilement quantifiable, semblable au temps qui passe.

Peu à peu, son travail s’étoffe, même s’il n’a pas véritablement changé : photographies, documents d’archives, objets, toujours dans ce souci d’extension et d’amplification. Elle recopie des œuvres littéraires telles que l’Odyssée d’Homère ou Les Mots de Sartre, ou encore des articles d’encyclopédie consacrés à Napoléon ou à Bismarck, des discours politiques, des partitions musicales, entre autres, avec pour but la restitution du temps qui file. Le temps de l’écriture, donc, mais aussi le temps historique, balisé par des événements ou des œuvres charnières qui viennent prendre place dans une chronologie globale. Avec Darboven, le temps devient visible et reprend sa place.

Son œuvre Darboven's Kulturgeschichte 1880-1983 (Histoire de Culture 1880-1893), composée de 1589 documents sur papier et de 19 sculptures, synthétise ses différentes recherches.

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Sans titre

Konstruktionen, 1968

One Hundred Books 00-99 - 1970

Son système complexe empêche d’envisager l’œuvre de Darboven en une seule fois. La méthodologie stricte  et répétitive nous confronte à un gigantisme temporel qui peut dérouter.

À la fin de sa vie, Hanne Darboven se consacre à retranscrire certaines des structures numériques qui composent son œuvre en notations musicales, afin que celles-ci soient interprétées de façon traditionnelle par des musiciens.

En 2000, Hanne Darboven avait créé son propre fonds : http://www.hanne-darboven-stiftung.org. Elle décède d'un cancer du système lymphatique, en 2009, à l'âge de 67 ans.