tumblr_mnaxeon21u1retv03o1_500

Euzhan Palcy n’est pas vraiment une inconnue dans le milieu du cinéma mais son œuvre, ainsi que son combat social, mérite que l’on s’attarde à nouveau sur cette personnalité inspirante.

Née le 13 février 1958 à la Martinique, Euzhan Palcy est une enfant à l’imagination débordante. Très tôt fascinée par le cinéma, ce n’est pourtant qu’à la lecture du livre de Joseph Zobel, Rue Cases-Nègres, que son ambition pour le grand écran se fait réellement sentir. Ainsi, à 17 ans, Palcy réalise en cachette un téléfilm, la Messagère, montée avec quatre bouts de ficelles. Diffusée à la télévision antillaise, la jeune réalisatrice, galvanisée par ce succès (elle signe aussi le scénario), décide de partir à Paris pour continuer ses études à la Sorbonne, dont elle sortira diplômée en lettres et théâtre. En complément elle intègre l’école Louis Lumière et se spécialise dans la photographie.

Elle fait ses premières armes en tant qu’assistant-réalisateur sur les tournages de Sidney Sokhona et Constant Gros-Dubois, avant de se lancer dans la réalisation de son premier court-métrage, L’atelier du diable, en 1982.

Mais c’est sa rencontre avec François Truffaut qui va changer la donne, lui distillant conseils à la fois techniques mais aussi relationnels face aux producteurs. Passionné par son projet d’adaptation de la rue Cases-Nègre, le célèbre réalisateur la soutient, ainsi que Louis Malle. Bon choix puisque le film remportera plus de dix-sept prix internationaux, dont le Lion d'Argent et le prix d'Interprétation Féminine à la Mostra de Venise, ainsi que le César 1983 de la Meilleure Première Oeuvre de fiction.

Après ces deux monstres sacrés du cinéma, c'est une autre personnalité de choix qui soutient Palcy, soit Robert Redford. En 1984, son "mentor" américain lui offre de participer aux Ateliers de mise en scène de Sundance.

1989 marque un tournant dans la carrière de Palcy. En effet, Marlon Brando, impressionné par son engagement pour les droits civiques des minorités, accepte de tenir l'un des rôles principaux de son second long métrage Une Saison Blanche et Sèche qu'elle adapte du célèbre roman d'André Brink. Produit par la Metro-Goldwyn-Mayer, Palcy devient avec ce long-métrage la première réalisatrice noire à travailler pour un studio d’Hollywood aussi important. Doté d'un budget bien plus conséquent (20 millions de dollars contre 500 000 dollars pour Rue Cases-Nègres), son deuxième long-métrage, Une Saison Blanche et sèche est un plaidoyer contre l'Apartheid en Afrique du Sud où l’on retrouve Donald Sutherland et Susan Sarandon au générique.

Cependant, Euzhan Palcy se montre de plus en plus lassée par les scénarios qu’on lui propose, et qui, selon elle, ne font pas avancer la cause des personnes de couleur, en les présentant la plupart du temps de manière dégradante. Elle décide de rentrer en France et de se tenir pour un temps à l’écart des lumières américaines.

C’est ainsi qu’elle s’engage peu à peu dans la voie des documentaires au cours des années 1990, avec pour but la valorisation des populations d’outre-mer. Tout d’abord avec Aimée Césaire, une voix pour l’histoire, divisé en trois volets, puis Parcours de dissidents en 2005, hommages aux soldats antillais oubliés durant la seconde guerre mondiale.

En janvier 1999, la presse américaine unanime honore son film Ruby Bridges diffusé dans le cadre du Wonderful World of Disney sur ABC, et présenté par le Président Bill Clinton. Cette œuvre est pour la cinéaste l'occasion de mêler ses talents conjoints de réalisatrice et de productrice dans une fresque historique, relatant la bataille d'une enfant de cinq ans pour mettre à bas les barrières de la discrimination raciale dans les années 1960.

Quelques mois plus tard, la 20th Century Fox fait appel à ses services pour concevoir et écrire un long métrage d'animation dont l'action se déroule en Afrique de l'Ouest 2000 ans avant J.C. Mais le projet est abandonné après la perte de leurs studios et n’aboutira pas. En 2001 elle réalise pour Paramount et Showtime Pictures The Killing Yard, avec Alan Alda et Morris Chestnut : un drame inédit sur la mutinerie de la prison d'Attica, dans l'Etat de New York, en 1971, et sur la répression et les implications judiciaires de cette tragique rébellion.

En 1995, François Mitterrand nomme Euzhan Palcy Chevalier de l'Ordre National du Mérite. En 2004, Jacques Chirac lui décerne la Légion d'Honneur. Elle reçoit également le prix Orson Welles pour l'importance et la qualité de son travail.