I became the captain of the cheerleaders, but it didn’t make me any happier.

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J’ai toujours été fascinée par Tina Weymouth. Peut-être parce que contrairement aux autres filles punk de l’époque, Tina avait ce côté middle class accessible. Comme si soudain, prendre une guitare ou le micro ne nécessitait plus un look extravagant, ou  des mimiques exagérées, voire une sexualité exarcerbée. Pour elle, il n’y avait que la musique, seulement la musique. Elle n’avait pas ce rôle de front girl ambiguë, ni même celui d’une simple girl in the band. Tina Weymouth était une musicienne, au même titre que les autres membres des Talking Heads. En en ça, elle a réussit l'exploit de donner une autre vision de la femme dans le rock, et a permis par la même occasion aux filles de se libérer d'un poids et de s'affranchir des passages obligés.

Comme toutes les nanas de l’époque, Tina était avant tout « la copine de ». Avant d’être la bassiste que nous connaissons, Weymouth touchait un peu de guitare mais elle était surtout conforme aux attentes que l’on se fait d’une fille durant les 70s. Alors petite amie de Chris Frantz, ce dernier forme un groupe avec David Byrne, the Artistics, et  Weymouth, amoureuse bien sous tous rapports, assistait bien évidemment aux concerts de son copain. De ces moments, elle se souvient de la cacophonie et du bruit ambiant, très fort. Mais déjà à l’époque, elle prêtait une forte attention à la rythmique et à la mélodie, afin de trouver un moyen de lier la batterie et la guitare, comme si pour elle, quelque chose manquait.

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Même si à l’époque, les filles sont de simples fans éloignées des considérations des groupes qu’elles admirent, Weymouth, par l’intermédiaire de Frantz, se voit proposer la place de bassiste, mais un peu en mode roue de secours, car personne ne semblait satisfaire les exigences des deux hommes :  « Nous voulions quelqu’un qui ne soit pas encore formaté ou seulement obsédé par la technique pure. De plus, nous pensions qu’intégrer une fille au sein du groupe  qui n’était pas là pour chanter ou pour montrer sa poitrine, était plutôt novateur », comme l’expliqua Frantz à Rolling Stone. Mais du côté de Byrne, pas vraiment le même son de cloche. A tel point qu’il va d’ailleurs confier ses doutes de l’époque à Caroline Coon, du Melody Maker, comme le rapporte Gillian Gaar : « Le rock and roll est considéré depuis toujours comme une musique masculine. Je ne savais pas trop comment cela allait être perçu ». Tellement préoccupé par la présence de Weymouth qu'il ira même jusqu’à lui demander de se couper les cheveux. Tout un symbole…

En 1975, le trio donne son premier concert au CBGB, en première partie des Ramones. Très vite, le groupe signe un contrat avec le label indé Sire Records. Malgré ce succès, Byrne refait passer une audition à Weymouth. Plus que jamais, il se demande si Tina pourra assurer son rôle au sein du groupe, en tant que femme, et s’angoisse des réactions du public et des critiques. Mais ses peurs se retrouvent vite infondées et le NME ne tarit pas d’éloge sur sa line de basse « solide, hypnotisante et qui supporte à merveille le reste du groupe ». Weymouth 1 - Byrne 0.

Le cas Weymouth est atypique dans le paysage du rock. Encouragée par un groupe plutôt sobre dans son attitude, Tina génère l’image parfaite de la fille « normale », et montre la voie d’une conscience de soi qui n’était pas toujours l’apanage de l’époque, plutôt marquée par la violence scénique. Alors que son adolescence la sacre comme le prototype même de la queen bee, Tina Weymouth se singularise par une sobriété et une retenue peu commune pour une fille dans un groupe. Alors que leur place se situe soit au lead vocal, soit à la basse (l’instrument féminin par excellence, en majeure partie dû à sa discrétion), Weymouth a ironiquement bâti la réputation du groupe sur sa dextérité et le sens qu’elle a donné à son instrument. Le destin est parfois une drôle de machine.