Be quiet. A talking woman likes a silent man.
San Francisco’s burning

Kolina_edited

Même si Helen Adam est bien plus âgé que la majorité des protagonistes du mouvement beat de l’époque, son influence a largement dépassé les générations. Matriarche de la Renaissance de San Francisco, elle n’a pas laissé indifférent les jeunes poètes de la Beat generation, alors en plein éclosion. Son attachement profond à la balade les laisse pourtant quelques peu perplexes, mais ces derniers ne peuvent nier leur fascination pour la puissance dont elle fait preuve lors de ses lectures publiques. Sa voix enchanteresse, souvent décrite comme magique au point qu’elle pourrait faire apparaitre un voile de brume dans les airs donne au personnage un côté féerique, à la limite du diabolique, qu’elle entretient depuis son plus jeune âge.

Même si Helen vit à San Francisco, c’est en Ecosse, à Glasgow, qu’elle voit le jour, le 2 décembre 1909. Un début d’existence marqué par le seau des lettres. A l’âge de deux ans, la petite est élevée au rang de prodige. Ses capacités d’apprentissage et son talent inné pour l’écriture impressionnent. Très vite, l’enfant travaille ses premiers poèmes, et quelques écossais superstitieux voient en elle la réincarnation d’un barde changé autrefois par une sorcière. A l’âge de vingt ans, elle a déjà publié trois ouvrages chez Hodder et Stoughton, une maison d’édition très réputée.

The wolf ran all alone where lilies proudly rise. 
She gave the man nothing but a glance from her eyes.
A glance from her savage eyes beside the summer sea. 
He left the wave and followed her along the lily lea.

Son premier recueil de poèmes est publié alors qu’elle n’a que quatorze ans. Cent vingt balades sont compilées dans cet ouvrage, dont certaines écrites dans son plus jeune âge. Dans une rythmique et une résonnance parfaite, la jeune fille parle à ses poupées de fleurs et de fées, faisant preuve d’une imagination rare, exemptes de toutes postures intellectuelles et artistiques déjà élaborées.

Helen passe la plupart de ses années à Dundee et Edimbourg, avant d’obtenir un diplôme de littérature anglaise à l’université. Cependant, ses talents ne se limitent pas à l’écriture, puisqu’elle se produit également sur scène comme chanteuse, sous le pseudonyme de Pixy Pool. Son répertoire, composé exclusivement de balades interprétée dans la pure tradition celtique, semblent déjà poser les bases de son interprétation aux allures incantatoires.

En 1939, Helen décide, accompagnée de sa mère Isabella, et de sa sœur, Pat, musicienne et poétesse, de rejoindre les Etats-Unis. Une manière pour elle de prendre de la distance avec cette notoriété étouffante qu’elle subit depuis son enfance tout en donnant un second souffle à sa créativité. Mais San Francisco est une ville jeune, animée par la Beat generation et l’art expérimental. Pourtant, son aura mystérieuse et son savoir académique attise toutes les curiosités, et même si sa poésie en elle-même n’est jamais copiée, elle devient une base à l’étude de la pureté même dans l’art.

Très vite, elle tisse des liens d’amitiés avec Robert Duncan, qui n’hésite pas à nourrir ses œuvres de l’univers d’Helen, composées de contes peuplées de sorcières, de chevaliers possédés et de magnifiques femmes à la beauté froide. Très protectrice envers Duncan, elle n’hésite pas à lui lire les cartes lorsque les critiques sont durs avec lui, et menacent les journalistes de leur jeter des sorts s’ils osent s’attaquer à son protégé.

Cependant, la poésie ne suffit pas à canaliser l’énergie créatrice d’Helen. Ainsi, elle effectue également des collages qui montrent des femmes accompagnés de poèmes fragmentés, quand elles ne les transforment pas en créatures mystiques et autres reines de l’étrange. Elle collabore aussi à différents films expérimentaux, dont Daydream of Darkness, avec William McNeill.

En 1957, elle crée la troupe The Maidens, composées entre autres de Madeline Gleason, Robert Duncan et Eve Triem. Mais la même année marque la publication d’On the road de Jack Kerouac et le scandale du poème Howl. Ils  sont alors intrigués par ces nouveaux artistes et n’hésitent pas à les encourager.

Même si Helen Adam est aujourd’hui considérée comme une influence majeure sur les travaux beat, Ginsberg avoua qu’il mit plusieurs années avant de réaliser l’impact qu’a pu avoir sa poésie et ses lectures envoutantes sur lui.

En 1964, Helen joue sa pièce San Francisco’s burning, à Broadway. Cependant, une série de difficultés coïncident avec ce succès national. Helen souffre de dépression qui la mène à de nombreux séjours d’hospitalisation. Elle continue de vivre avec sa sœur, Pat, dans le même appartement à New York, dans la plus grande solitude, jusqu’à leur mort.